Longue vie aux livres !

Aujourd’hui que l’on pense tous au(x) livre(s) que nous allons emporter dans nos bagages, nous tenions à vous remercier de votre engouement. En effet, votre attachement à Label Emmaüs nous a permis de faire vivre notre librairie solidaire et de la développer.

Vous ne vous doutez peut-être pas qu’à chacun de vos achats, vous participez à nos actions, favorisez l’économie circulaire et luttez concrètement contre l’exclusion. Chaque livre acheté sur Label permet d’éviter le gâchis et favorise l’insertion professionnelle. Les nombreuses commandes que vous avez passées nous ont d’ailleurs permis de vous offrir les frais de port à partir de 30 euros d’achat, voire 25 euros en point relais.

Et cela ne s’arrête pas là. Nous vous promettons encore de nombreuses surprises dans les prochains mois. Car c’est grâce votre intérêt pour la culture et pour l’insertion professionnelle que nous pouvons œuvrer pour la solidarité. Pour vous dévoiler un peu plus votre impact, voici déjà l’une de nos belles histoires au coeur de nos rayons livres et rencontres.

Nicolas et la passion du livre et de la musique

Comme vous le savez, une partie de notre activité chez Label Emmaüs consiste à récupérer les invendus de livres de plusieurs structures Emmaüs d’Ile-de-France au sein de notre entrepôt logistique, afin de leur offrir une seconde vie en ligne sur Label Librairie Solidaire .

Tout récemment encore, nous vous avons partagé nos conseils de lecture .

Aujourd’hui, nous souhaitons vous partager une histoire plus personnelle. L’histoire de la vie d’un livre chez Label Emmaüs et de la relation qu’entretient un passionné de lecture avec le livre.

A cette occasion, nous avons discuté avec Nicolas Kantorowicz, l’un de nos salariés en insertion, préparateur de commandes chez Label. Nicolas est un passionné de littérature depuis son plus jeune âge, un artiste ayant eu plusieurs vies et une belle carrière musicale. Il est un peu l’expert livres de notre équipe Label Librairie et depuis quelques temps, on partage chaque dimanche un livre qu’il a déniché au tri sur le compte Instagram Label !

Mais trêve de blabla, on laisse Nicolas vous raconter lui-même sa relation aux livres … bonne lecture et merci à toi Nico ! Merci de nous faire partager ton amour du livre et de contribuer à lui donner une seconde vie comme tu le fais.

La vie à Label Plateforme livres

Label Librairie solidaire

Label Plateforme Livres

Bonjour Nicolas, tu es chez Label depuis 2 ans. Peux-tu détailler un peu ton rôle à la plateforme livres ?

L’accueil du Livre

Bien sûr, je suis préparateur de commandes. C’est à dire qu’on reçoit les livres dans de grands bacs, on les trie pour voir ceux qu’on a pas en une trop grande quantité d’exemplaires, leur état et par taille, petite, moyenne, grande.

On a des petits bouquins collector qui sortent de l’ordinaire qui arrivent des communautés donc ça me plaît car j’aime bien la culture underground.

L’enregistrement

Ensuite on enregistre les livres triés dans notre base de données, puis on leur attribue une place dans l’entrepôt, ce qui nous permet de les retrouver ensuite au moment de l’expédition. Si les bouquins sont là depuis 6 mois à 1 an et toujours pas vendus, on les envoie au recyclage ou on fait des petites brocantes culturelles sur des événements.

La préparation des commandes

Et chaque jour, on va chercher les livres commandés la veille dans les étagères, on les nettoie, on vérifie leur état avant de les envoyer par la poste.

A quoi ressemble ta journée type à la plateforme ?

Je commence à 9h. La plupart du temps je fais de l’enregistrement de livres et je fais 2 demi journées de tri et 2 demi journées de picking dans la semaine en moyenne. Le picking c’est quand on va chercher les livres dans les étagères pour préparer les commandes. On est également point relais, ce qui nous permet de gérer nous-même les colis à envoyer, d’avoir un rapport direct et humain avec les clients…et ça fait rayonner Label à Noisy.
Je suis seul au point relai de 16h à 17h, c’est pour ça que je commence 1h après les autres le matin.

Quel est ton parcours avant Label ?

La musique, comme une évidence

Avant j’ai toujours eu des boulots dans la culture. J’avais un groupe , les Wampas à l’époque, pendant 5 ans (de mes 25 à 30 ans). On avait pas mal de choses à dire à cette époque là !

Employé le jour, artiste la nuit

Ensuite pendant 5 ans j’étais chez M6, où je faisais du visionnage pour sélectionner les films et en parallèle je travaillais en nocturne dans une librairie. J’avais aussi un stand au marché du livre ancien à Paris pendant 1 an avec un pote tous les dimanches. En parallèle j’ai repris mes études pour finir ma licence d’art plastiques à Paris 8 et je continuais la musique. Je commençais à sampler et à faire des djs set. C’est à ce moment que j’ai formé Sporto Kantes avec Benjamin. Ça a duré 14 ans mais en mode tranquille avec 4 albums et 2 tournées au total. J’ai aussi été un peu disquaire chez Mood à Saint-Denis.

Et puis la vie évolue…

Ensuite Sporto Kantes s’est arrêté, je me suis séparé de ma compagne et il me fallait un travail plus stable pour financer le quotidien. J’aurais fait n’importe quoi comme travail mais ça a particulièrement matché avec Label, principalement grâce à l’aspect livres car c’est un univers qui me parle et que je pouvais apporter mes connaissances.
J’aime bien le côté pédagogique, je suis devenu un peu le référent sur les bouquins et c’est quelque chose qui me plait.

Les livres à Label Plateforme

Comment décrirais-tu notre gisement de livres ?

Un gisement varié comme une bibliothèque familiale

Super hétéroclite, il y a de tout. On a plus de 100 mille livres en stock. C’est souvent du livre issu des dons des particuliers aux Emmaüs. Le gisement est très varié, mais on s’aperçoit qu’on reçoit pas mal de poches, des livres d’art , des BDs… On pourrait dire qu’on a un peu une bibliothèque familiale avec les spécificités de ces familles. On a aussi des livres scientifiques.

Des pépites vintage un brin kitsch

Ce qui me fait marrer c’est qu’on a pas mal de livres un peu kitch des années 70 par exemple les biographies de  Bernard Tapie, Louis de Funes, Stéphanie de Monaco etc. C’est décalé mais intéressant et ça se vend quand même .

Qu’est-ce que ça te fait d’être au contact des livres au quotidien ?

Moi j’adore les bouquins donc ça me fait plaisir car on est vraiment au milieu des livres.
Mais j’ai pris un peu de recul par rapport à l’objet du fait d’être dedans tous les jours.
Le tri c’est une étape importante car c’est toi qui décide si on garde ou pas le livre. Vu que ça fait 2 ans que je suis là j’ai plus l’oeil et je sais ce qu’il faut garder. Je regarde aussi ce qui se vend pour m’inspirer dans la sélection.

Comment t’es venue l’idée de partager ces livres improbables sur Instagram ?

Je suis assez réseaux sociaux, du coup je prenais déjà en photo les bouquins et disques sympas chez moi. Et là en étant au tri j’ai commencé à faire pareil pendant la pause parce que je voyais pas mal de livres marrants passer et que j’ai pas mal de followers donc je trouvais ça cool de partager. Du coup mon responsable m’a mis en contact avec toi et on a mis en place un partage sur l’Instagram de Label !

Comment les choisis-tu ?

C’est à la surprise, j’aime bien le côté kitsch ou vintage de la pochette. C’est pas mal de choses issues de la pop culture , qui sont en résonance avec mes centres d’intérêt et avec ceux de mes amis. Du coup je pense que mon univers peut plaire à la communauté Label aussi.

Fais-tu de nouvelles trouvailles chaque jour ?

Oui, quand j’ai un peu de temps pour regarder au tri, j’en trouve souvent plusieurs en même temps !

Rencontre et idylle avec les livres

bibliothèque livres

Une vie de lecture

Peux-tu détailler un peu l’évolution de ta relation aux livres ?

Tombé dedans dés le berceau, comme Obélix

Oui oui depuis petit j’ai toujours lu et j’étais beaucoup dans les bouquins. On avait pas la télé à la maison en plus. J’aimais tout même si je ne comprenais pas tout. Tu vois j’étais abonné à Pif gadget, je lisais les BDs Lucky Luc, Tintin, Astérix etc avant que ça devienne des références. C’était nos mangas de l’époque.

A l’adolescence

La lecture avant tout

Après je me suis intéressé à la musique donc la littérature va avec, notamment la beat generation , la littérature rock comme le punk par exemple des livres sur les Sex Pistols etc . et des études sur les mouvements rocks, la culture jeune underground. Aussi pas mal de romans policiers et je lisais un journal qui s’appelait Métal hurlant qui faisait des chroniques et ils avaient une collection qui s’appelait Speed 17. Je lisais aussi la collection 10 18 qui m’a fait découvrir John Fente entre autres. J’aimais bien tout ce qui était publié dans les années 70 , c’était très politique !

Musique et culture

Ensuite je suis devenu accroc aux disques et à la littérature.  Je suis assez branché sur la littérature concentrationnaire de part mon passé familial également. J’ai tout de suite senti que je voulais avoir un bagage culturel et que c’est là dedans que j’avais envie d’avoir des connaissances. Là où certains s’intéressaient aux ordinateurs ou aux moteurs, moi c’était la culture.
J’ai toujours aimé échanger des bouquins. Libraire et disquaire, c’est ce qui me correspondait le mieux.

A l’âge adulte

J’étais toujours fourré chez Emmaüs pour les disques, les bouquins et même les fringues. J’adore chiner, les puces, les vide greniers. C’est une sorte de chasse aux trésors où tu trouves des choses que tu ne trouves plus ailleurs.
Aujourd’hui je lis beaucoup moins qu’avant parce qu’il y a beaucoup d’écrans et que j’ai eu beaucoup de choses à gérer dans ma vie mais je continue à lire tous les jours et j’achète encore quelques revues du style Rock and Folk et des fanzines spécialisés.

Cette relation a-t-elle changé depuis le confinement ?

Ben écoute pas vraiment car je travaille encore en semaine en ce moment mais je lis peut-être un peu plus que ces derniers temps c’est vrai, je rattrape un peu les livres que j’ai pas eu le temps de lire avant car j’ai encore le syndrome du collectionneur maniaque qui achète même s’il ne lit pas directement le livre ou n’écoute pas direct le vinyle !

As-tu un style de livres de prédilection ?

Je dirais néo polar français des années 70 , par exemple Manchette ou Jonquet, Pouy… j’adore les polars qui parlent de rock.

As-tu un livre fétiche ? Un livre qui t’a particulièrement marqué dans ta vie ?

Oui je dirais Les garçons sauvages de William S. Burroughs.
Il a influencé la pop culture , il a inventé une nouvelle écriture qui s’appelle le cut-up et il a un univers complètement barré . Il avait une vie de fou, c’était un drogué homosexuel, il a tué sa femme etc C’était le compagnon de route de Kérouac. Même le nom de David Bowie est une référence à ce livre car le couteau Bowie est le couteau qui était utilisé dans Les garçons sauvages.

Quel est le dernier livre que tu as lu ou celui que tu es en train de lire ?

En ce moment je suis en train de lire la biographie de Jacques Rigaud par Jean Luc Bitton, qui était un compagnon de route des dadaïstes. On connaît très peu de choses de lui mais c’est lui qui a inspiré Le feu follet de Pierre Drieu La Rochelle.

Quel est pour toi le moment de lecture idéal ?

J’aime bien quand je rentre du travail ou quand je rentre de fête. Je lis toujours un ou 2 chapitres par semaine avant de dormir et parfois le week-end je peux lire un livre entier car je lis très vite, j’ai l’habitude.

Un livre que tu conseillerais de lire en cette période ?

Je dirais Le Consentement de Vanessa Springora, chez Grasset. C’est le dernier bouquin que j’ai lu et l’analyse est bonne, c’est un témoignage littéraire.
Il y a aussi une poète américaine punk, Cathy Acker. Son bouquin s’appelle Grande espérance et je le relie régulièrement.

Quelque chose de plus à nous dire ?

Je suis content d’être chez Label Emmaüs, je ne peux pas m’empêcher de mettre de l’artistique dans tout ce que je fais et ici j’y parviens !

Merci Nicolas 🙂

7 Comments

  • Marie-Thérèse dit :

    Nicolas me donne envie de redécouvrir Drieu La Rochelle . Je vais fouiner sur votre site !

  • françois-joël dit :

    Bonjour,,
    Merci Anne-Sophie pour ce récit de vie « underground » de Nicolas.
    Longue vie à Label plateforme livres.
    Une coquille dans le texte sur le nom de Bernard Tapie et non Tapis!
    En ces temps de confinement sanitaire solidarité active avec les équipes Emmaüs.
    Amicales salutations
    François-Joël

  • michèle dit :

    je peux me passer de TV mais pas de lecture:j’entre dans un autre monde ,je vie une autre vie moins terne ,j’oublie les tracas quotidiens,les drames de la vie…voilà ,UN LIVRE C’EST LA VIE…et je le PARTAGE avec les amies…Michèle

  • Chantal dit :

    Bonjour,
    La passion avant tout, c’est ce qui ressort de cette chronique. L’évasion, le plaisir et la connaissance par la lecture. On oublie la poussière sur les étagères ; l’odeur, parfois, de renfermé que certains livres trop longtemps oubliés dégagent…
    Il m’est difficile de me séparer d’un bouquin, même le plus trivial, car il représente un travail. La typo, le relief qu’avaient les lettres avec les caractères en plomb, la mise en page, la couverture, la brochure…
    Avant de mettre un livre au pilon, toujours vérifier s’il n’est pas épuisé… car il peut faire le bonheur d’un lecteur improbable mais qui arrive un jour.
    Passéiste, oui.
    Mais, ce qui me met dans des rages folles, ce sont les livres plein de fôtes d’ortograf car les éditeurs répugnent à payer des correcteurs… ou leur laisse des délais si courts pour corriger que les pôvres sont débordés… et mal payés.
    Idem pour les journaux, revues et autres publications.
    Et je ne veux surtout pas parler d’Internet… cela prendrait beaucoup de temps.
    Petit clin d’oeil : j’aime votre chronique mais… vous devriez vous relire.
    Sans rancune.
    Une lectrice-correctrice à la retraite

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