Le 18 juin 2026, à l’Académie du Climat à Paris, Label Emmaüs a fêté ses 10 ans. Plus de 120 personnes, sociétaires, partenaires, structures de l’ESS, ont bravé la canicule pour une journée aussi dense que symbolique. À deux pas du BHV Marais, là où Shein s’apprête à fermer boutique deux jours après avoir reconnu une « erreur stratégique », l’e-shop militant a offert une démonstration tranquille de ce qu’une autre économie peut produire en une décennie.

Assemblée Générale : 10 ans de chiffres qui font taire les sceptiques

La matinée a débuté par l’Assemblée Générale 2026, moment de démocratie coopérative où chaque voix pèse autant, qu’on ait souscrit de 20 € à 20 000 €. Le conseil de surveillance a été voté lors de cette séance, félicitations à l’ensemble des élu·es pour ce mandat.

Mais le cœur de cette AG, c’était le bilan des 10 ans. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Depuis 2016, la coopérative a permis à plus de 2 289 792 produits de reprendre vie plutôt que de finir dans une benne. Elle a formé 4 098 personnes aux métiers du numérique et du e-commerce, dont 2 849 éloignées de l’emploi. Ses 3 écoles du digital (Noisy-le-Sec, Marseille, et désormais Roubaix, ouverte en 2025) ont accompagné 545 apprenant·es, dont 40 % résident en quartier prioritaire et 70 % n’avaient pas de diplôme supérieur au bac. Le taux d’obtention du bachelor à Noisy-le-Sec atteint 92 %. 

La gouvernance, elle aussi, fait figure de contre-modèle : écart de salaire plafonné de 1 à 3, zéro dividende versé, 61 % de femmes dans les équipes et 27 % de salarié·es en parcours d’insertion. Le tout avec 2 717 sociétaires qui votent, délibèrent et décident ensemble.

Comme l’a dit Maud Sarda, co-fondatrice et directrice générale, en ouverture de journée : Label Emmaüs prouve que même dans un univers ultra-concurrentiel, aux pratiques dévastatrices, on peut incarner un autre modèle, une autre façon de faire société.

Et la suite ? Deux axes d’avenir ont été présentés. Depuis 2025, la coopérative développe une offre de décoration sur mesure pour les professionnels, avec de belles perspectives déjà en cours. À horizon 2027, une nouvelle dimension majeure est prévue : l’ouverture aux particuliers vendeurs, qui pourront mettre en ligne leurs objets sur Label Emmaüs et choisir une économie à la fois circulaire et solidaire, plutôt que de grossir les marges de Vinted ou Leboncoin.

L’après-midi : quand les acteur·rices du réemploi prennent la parole

 

L’après-midi a laissé place à des échanges nourris autour des grands enjeux portés par la coopérative, brillamment animés par Marion Calais, ancienne journaliste politique devenue responsable éditoriale d’Expertises Climat, une voix précise, ancrée dans le terrain, et engagée sur les questions écologiques et sociales.

Quatre tables ont réuni des intervenant·es de haut vol autour des filières au cœur du réemploi solidaire :

Textile avec Louana Lamer, responsable Filière Textiles chez Emmaüs France, avec le témoignage du Relais Gironde. High-Tech avec Laëtitia Vasseur, co-fondatrice de Halte à l’Obsolescence Programmée, avec le témoignage des Ateliers du Bocage. Bric-à-brac avec Marie Castagné, co-déléguée générale du Réseau National des Ressourceries et Recycleries, avec le témoignage d’Emmaüs Berne-sur-Oise. Et Livres avec Nicolas Gary, directeur de publication d’ActuaLitté, avec le témoignage de Pages Solidaires.

Les échanges ont mis en lumière les défis concrets du réemploi solidaire en 2026 : la crise de la filière textile face à l’explosion des volumes de fast fashion à traiter, la concurrence des plateformes entre particuliers sur le livre d’occasion, les opportunités ouvertes par la loi anti fast fashion, dont la Commission Mixte Paritaire a adopté une version encore insuffisante en juin, laissant l’essentiel au décret d’application. Des discussions vives, ancrées dans le réel, portées par des acteur·rices qui font ce travail au quotidien.

Le défilé 100 % seconde main : la preuve par la créativité

À 17h30, la journée a basculé vers quelque chose de plus inattendu et de plus fort : un défilé 100 % seconde main et upcycling, pensé pour montrer que créativité, désirabilité et engagement peuvent aller de pair.

Cinq structures partenaires ont contribué aux silhouettes présentées sur scène : Acsomur, Le Relais Est, Les Ulisse Grenoble, Emmaüs Défi et Emmaüs Coup de Main. Les tenues, entièrement issues du réemploi, ont été conçues pour la plupart par des personnes en parcours d’insertion. Les salarié·es, créateur·rices et modèles ont révélé avec talent toute la richesse et la singularité de ces savoir-faire, trop souvent invisibles.

L’apogée du défilé a été porté par les créations upcyclées de Mintehworld, dont la direction artistique signée Dunex et l’engagement de modèles professionnel·les ont donné à ces pièces toute la scène qu’elles méritaient. Une démonstration vivante que le réemploi n’est pas une contrainte : c’est une source de création.

Dix ans après sa création, Label Emmaüs n’a pas simplement survécu dans un univers dominé par Amazon, Shein et Vinted. Elle a formé des milliers de personnes, remis en circulation des millions d’objets, et continué à prouver, chiffres à l’appui, qu’une économie juste et durable est possible. La prochaine décennie s’annonce encore plus ambitieuse.

Crédit photos @happyMaryLou

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