Une tribune co-signée par Label Emmaüs et plusieurs acteurs du livre d’occasion alerte sur les dangers d’une taxe injuste. À l’heure où la lecture régresse, où des millions de livres finissent au pilon et où l’urgence écologique s’impose, il est temps de repenser ensemble l’avenir du livre.

Une taxe sur le livre d’occasion : une fausse bonne idée

Depuis plus d’un an, une proposition divise le monde du livre : celle d’instaurer une taxe sur les ventes de livres d’occasion. Le Syndicat National de l’Édition (SNE) la soutient, en pensant qu’elle pourrait répondre à la question bien réelle de la rémunération des auteurs.

La mesure rate sa cible.

Une juste rémunération des auteurs oui, mais pas sur le dos de livres revalorisés et de lecteurs responsables !

Bien que le salaire équitable des auteurs nous préoccupe, taxer le livre d’occasion ne réponde pas au problème.

Pourquoi ? Parce que le droit d’auteur est versé lors de l’achat du livre neuf. Ce droit figure déjà dans le prix payé par le lecteur. Lorsqu’un livre est revendu, il ne produit plus de droits, comme tous les objets issus du réemploi.

Aujourd’hui, les auteurs ne vivent pas correctement de leur plume. Pourtant, le marché de seconde main ne pèse que 10 % dans la filière. Le déséquilibre se situe ailleurs.

En moyenne, un auteur touche seulement 8 % du prix de vente d’un livre neuf. Il semble donc urgent de repenser la répartition de cette valeur, plutôt que de rejeter la faute sur la vente de livres d’occasion.

 

Le paradoxe écologique : des millions de livres neufs partent au pilon

Chaque année, plus de 20 % des livres imprimés finissent au pilon sans avoir été lus. Ce gâchis est écologiquement inacceptable.

En parallèle, les acteurs de l’économie sociale et solidaire du livre collectent, trient et remettent en circulation des millions d’ouvrages. Ce travail s’effectue sans aucune aide publique, ni éco-contribution, contrairement à d’autres secteurs comme le textile ou l’électroménager.

Et pourtant, une taxe menace ceux qui réparent les dégâts ? Voilà un non-sens.

 

Livre neuf et d’occasion : deux mondes qui peuvent (et doivent) coexister

On accuse souvent le livre d’occasion de nuire au neuf. Les chiffres prouvent le contraire :

  • 84 % des livres d’occasion n’auraient jamais été achetés neufs.
  • 45 % ne sont plus disponibles en librairie.
  • Et 65 % datent de plus de 10 ans.

L’occasion n’empêche pas la vente de livres neufs. Elle ouvre la porte à la lecture, fait découvrir des auteurs, rend la culture accessible. Elle crée des passerelles. Elle nourrit la curiosité. Elle est un atout.

 

Les Acteurs de l’ESS : un maillon essentiel à protéger, non à pénaliser

Les grandes plateformes étrangères dominent le marché d’occasion. Pourtant, elles échapperont à cette taxe. À l’inverse, les structures locales, sociales et solidaires subiront de plein fouet l’impact.

Chez Label Emmaüs, Ammareal, Recyclivre, LeLivreVert ou la Bouquinerie du Sart, le livre devient outil de réinsertion, de formation, d’accès à la culture. Nous collectons plus de 50 millions de livres par an, leur offrons une nouvelle vie, et aidons des centaines de personnes à retrouver une place dans la société.

Le monde du livre mérite mieux qu’un clivage artificiel. Il a besoin d’un vrai débat, constructif et ouvert, où tous les acteurs: auteurs, éditeurs, libraires, structures de l’économie sociale et solidaire, ainsi que toutes les plateformes numériques de rachat-revente; réfléchissent ensemble à un avenir plus juste.

Nous appelons à l’organisation d’États généraux du livre. C’est le seul moyen de remettre à plat la filière : de la rémunération des auteurs à l’accès à la lecture, de la production à la distribution.

Le livre est un bien précieux. Il mérite une économie à sa hauteur : durable, inclusive et visionnaire.

 

Pour consulter la tribune dans son intégralité, publiée dans ActuaLitté, c’est par ici: Livre neuf ou d’occasion : un combat qui affaiblit la filière

Une tribune co-signée par :Maud Sarda (Label Emmaûs),Renan Ayrault (Ammareal),Marine Tremblin & Sylvain Joly (Recyclivre),Nicolas Fesquet (LeLivreVert),Benjamin Duquenne (ChouetteCoop / Livrenpoche.com),Vianney Poissonnier (La Bouquinerie du Sart)

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