Le 16 mars dernier, alors que nous nous enfermions chez nous petit à petit, nous avons parfois oublié que cela signifiait aussi fermer la porte à ceux qui sont, eux, cloîtrés dehors. De nombreux sans-abri qui vivaient des dons des passants se sont donc retrouvés abandonnés du jour au lendemain. Les règles strictes mises en place ont également impacté les actions d’aide alimentaire comme les maraudes ou les repas collectifs.

Le réseau Entourage a mis en lumière l’aggravation de la situation de vulnérabilité et d’isolement pour les sans-abri. C’est ainsi que dans une place du 10e arrondissement de Paris, Lionel et ses amis, sans refuge ni ressources, s’inquiètent :

Dans la rue, on voit tout le monde parler de coronavirus. Quand j’ai regardé la télé chez un monsieur, ça m’a bouleversé avec les alertes en boucle et nous dans la rue, on ne sait rien. Le coronavirus, c’est comme la tuberculose mais ça tue plus vite. On est des Africains, on est des Maghrébins, on est des Français, on est des humains et il n’y a pas d’hygiène. J’ai peur qu’il n’y ait pas de solidarité.

L’urgence alimentaire au premier plan

Face à l’urgence, le 31 mars dernier, le Communiqué de Presse du Ministère des Solidarités et de la Santé, faisait état de la nécessité de maintenir ‘à tout prix’ une aide alimentaire essentielle à 5,5 millions de personnes en France. Car les mesures mises en place pour contrer la crise sanitaire affectent aussi les actions à destination des familles disposant de peu de revenus ou des personnes isolées chez elles.

L’Etat a donc décliné un nombre d’actions en coordination avec les associations de lutte contre la précarité, au premier plan dans la situation de crise sanitaire. 15 millions d’euros de chèques-services ont également été débloqués pour faire face aux urgences de première nécessité pour les sans-abri, la nourriture ou les produits de santé et d’hygiène.

aide alimentaire

Le maintien de l’aide alimentaire

Les associations ne dérogent pas à leurs missions et si l’organisation s’en voit légèrement modifiée, l’engagement n’en est que plus fort. De nombreuses structures ont ainsi adapté leurs missions et se sont mobilisées pour apporter des repas ou des colis comme Utopia 56. A Label Emmaüs, nous souhaitions remercier ces associations qui sauvent des vies, aujourd’hui comme hier, et mettent à l’abri de la plus grande précarité, celle de ne pouvoir manger à sa faim.

Et les associations font plus que cela. Vous allez le découvrir à travers deux projets d’aide alimentaire qui ont contribué à réduire le gaspillage et à remettre l’humain au centre du secteur agro-alimentaire : Emmaüs Défi et la Chorba. 2 associations qui, comme les autres, se démènent aujourd’hui encore plus que d’habitude.

 

Emmaüs Défi : le RADIS

La continuité du projet d’aide alimentaire

Aide alimentaire

Emmaüs Défi, vous connaissez sans doute ? Vous avez pu voir leur boutique sur Label Emmaüs. Et bien voici le RADIS, un projet d’économie circulaire mis en place par l’association appartenant au Mouvement Emmaüs. Il s’agit de valoriser des invendus alimentaires en les transformant en plats préparés destinés aux personnes en situation de vulnérabilité. Mais avec la crise sanitaire, la fermeture des restaurants et la course aux supermarchés bouleversent le recours aux fournisseurs habituels.

« Nous sommes à la recherche de nouveaux partenaires, précise Sophie L’Hostis, responsable Développement et Communication chez Emmaüs Défi. Les restaurants ne se fournissent plus chez Métro, l’une de nos principales ressources. Heureusement nous avons bénéficié de communications avec Carrefour qui nous ont ouvert les entreprises. L’objectif est de pérenniser le projet et de continuer à fabriquer des repas, quelle que soit la longueur du confinement. »

Un projet à double impact social

Soit 450 repas maison par jour, réalisés avec des produits frais par 2 chefs et 1 commis de l’entreprise d’insertion Baluchon. En effet, le RADIS est un projet qui a permis aux deux structures d’unir leurs efforts autour de l’aide alimentaire. Avançant ensemble dans une démarche environnementale, la réduction des déchets alimentaires, et dans une démarche sociale, l’insertion et l’accompagnement professionnel.

Aide Le Radis

La Livraison, mission d’Emmaüs Défi

Chaque jour, 2 chauffeurs et 3 cuisinières en insertion viennent donc travailler et ceci sur la base du volontariat. Sans oublier l’équipe qui gère l’administratif et le mécénat, la logistique d’Emmaüs Défi, et la cuisine chez Baluchon. Une motivation commune évoquée par Sophie L’Hostis : « Tout le monde est sur le pont. C’est un engagement sans faille tant que personne n’est malade. Un parti pris militant. »

Un besoin pressant de nouveaux partenaires

Ce projet dépend en grande partie des invendus provenant des partenaires grossistes et issus de la grande distribution. Or si la situation évolue, les besoins en aide alimentaire ne changent pas. Le RADIS doit donc trouver de nouvelles ressources, parmi les acteurs de la restauration ou du secteur alimentaire.

Nous nous permettons donc de nous joindre à l’appel pour ceux qui seraient prêts à aider, qu’il s’agisse de dons en nature ou de dons financiers. N’hésitez pas à nous en faire part ou à écrire directement à slhostis@emmaus-defi.org. Et si vous voulez en savoir plus, voici une courte vidéo présentant les actions du RADIS.

 

L’aide alimentaire à La Chorba

Créée par Khater Yenbou en 1998, dans le 12ème arrondissement de Paris, la Chorba est née de la volonté de plusieurs bénévoles d’apporter une aide alimentaire aux plus démunis. Quelle que soit leur origine, ‘car il n’y a pas de distinction dans la précarité’, et pendant toute l’année, ‘car il n’y a pas de saison pour souffrir de la faim.’

service La Villette

Les repas assis, Porte de la Villette

Au 7- 15, avenue de La Porte de La Villette, comme à son habitude, l’association prépare tous les soirs sauf le jeudi, une soupe chaude à base de légumes et de légumineuses, accompagnés de viande. Soit entre 500 et 1000 repas ouverts à tous dans le local apprêté pour La Chorba. Depuis le début du confinement, rien n’a changé ou presque.
« Les activités se poursuivent mais avec toutes les précautions nécessaires, précise Christian Heitzmann, bénévole à l’association. Habituellement, le local peut accueillir 150 personnes à la fois. Là, 70. Nous respectons scrupuleusement les règles de distance et celles d’hygiène. Le contrôle du lavage des mains avant le repas est obligatoire. »

Aide alimentaire

Les autres actions d’aide alimentaire

Hormis les repas assis, les membres de La Chorba effectuent également des maraudes et la livraison de colis alimentaires à domicile. En effet, avec les mesures de restriction liées aux déplacements, certaines personnes ne peuvent se rendre à La Porte de La Villette. Les bénéficiaires des repas, pour la majorité réfugiés qui demeurent à proximité reçoivent parfois les repas sans se déplacer. Un soutien qui se poursuit en cette période délicate.

Christian explique en effet que « l’équipe de bénévoles de La Chorba s’est constituée en partie par le réseau d’OVS (On va Sortir). La moyenne d’âge est donc un peu plus jeune que dans certaines associations. Nous avons pu garder l’ensemble de nos effectifs car nous sommes moins exposés aux risques de la contamination. Cela a été plus compliqué pour Les Restos du Cœur par exemple dont nous occupons les locaux. Mais heureusement, les particuliers ont très vite répondu à l’appel des associations. »

actions chorba

L’économie circulaire

La Chorba a dû faire face à une pénurie de ressources, notamment avec les supermarchés, bien heureusement relayés par les restaurants avant qu’ils ne ferment définitivement à leur tour. Avec un coût de 0,14 euros par repas en moyenne, La Chorba réussit à assurer un repas équilibré à partir d’invendus et de dons provenant de la Banque Alimentaire.

Si ces activités vous intéressent, n’hésitez pas à écrire à repaschauds@lachorba.fr. L’association ne cesse de se développer et est aussi devenue un Chantier d’Insertion de restauration collective.

économie circulaire

L’aide alimentaire de l’écologie à l’humain

Grâce à ces associations, l’aide alimentaire permet de secourir des personnes en grande précarité mais aussi de limiter le gaspillage, revaloriser les ressources et favoriser le retour à l’emploi. Tout en prêtant attention à la qualité des produits et des repas proposés.

Dans le cadre d’une crise sanitaire grave qui fait redouter une crise alimentaire mondiale, ce sont des actions majeures. Elles nous poussent à maintenir le lien social et à remettre l’humain au centre, grâce à une gestion raisonnée de nos ressources.

Et si vous souhaitez savoir comment agir et contribuer dès aujourd’hui, voici 5 façons de s’engager en cette période de confinement, ponctuellement ou de façon plus durable.

Kadija

Kadija

Convaincue par le pouvoir de l'écriture et celui de l'humain, j'oeuvre avec les mots. Pour donner "une deuxième vie aux objets" à travers leur belle histoire et "une seconde chance aux hommes" de les lire et de les découvrir...

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